L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis entre accusations fabriquées et discours confus : lecture juridique et politique d’une campagne de dénigrement tardive

  • 2026-01-13 12:43:46

Par Jamal Al-Awadhi

Ces derniers jours, des documents attribués à des journalistes saoudiens ont refait surface, accusant les Émirats arabes unis d’être derrière des opérations d’assassinats visant des figures politiques et sécuritaires du sud du Yémen au début de la guerre en 2015. La résurgence de ces accusations, plus de dix ans plus tard, ne peut être comprise qu’à la lumière de la confusion politique et médiatique qui caractérise aujourd’hui le discours saoudien sur le dossier yéménite.

Ce qui frappe dans cette campagne n’est pas seulement son contenu, mais aussi son timing et sa méthode. Recycler des accusations anciennes, déjà soulevées puis discrètement abandonnées faute de preuves, et les présenter aujourd’hui comme de « nouvelles révélations », traduit un état de désarroi manifeste et soulève de sérieuses interrogations quant aux véritables motivations de ce discours tardif.

D’un point de vue politique et juridique, accuser les Émirats arabes unis d’avoir commis des actes de violence ou des assassinats dans le sud du Yémen depuis 2015 constitue, de facto, une reconnaissance implicite que le Royaume d’Arabie saoudite était un partenaire direct de ces actions, dans la mesure où cette phase s’inscrivait dans le cadre d’une coalition arabe dirigée par Riyad, qui en détenait la décision politique et militaire. Il s’agit là d’un raisonnement logique qui ne peut être ni ignoré ni instrumentalisé de manière sélective au gré des besoins médiatiques.

Plus préoccupant encore est la réouverture de ces dossiers après une décennie. Loin d’incriminer un quelconque acteur, cette démarche révèle surtout l’embarras et la confusion de ceux qui portent aujourd’hui ce narratif. Les dossiers d’assassinats et les campagnes d’accusation, tout comme les mécanismes de leur instrumentalisation, sont connus de tous : qui les a gérés, qui en a tiré profit et qui les a utilisés comme outils de pression politique pendant des années. La seule nouveauté réside dans la tentative de les recycler à un moment régional sensible, avec une approche qui trahit un manque évident de discernement politique.

Ce qui est actuellement avancé ne dépasse guère le stade de coups médiatiques régionaux, destinés à la consommation interne et au règlement de comptes différés, plutôt qu’à une réelle recherche de la vérité ou de la justice. Or, la communauté internationale et le système du droit international ne fonctionnent ni sur le bruit ni sur l’émotion, mais sur des faits établis, une logique cohérente et des responsabilités juridiques clairement définies.

Malheureusement, ces critères semblent totalement absents de l’orientation saoudienne actuelle dans la gestion du dossier yéménite. Le résultat n’est pas la mise en cause de tel ou tel acteur, mais un affaiblissement supplémentaire de la crédibilité, et la mise en lumière du caractère confus d’un récit qui aurait dû être clos depuis longtemps, et non ressuscité aujourd’hui de manière aussi tardive et désordonnée.

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